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05/11/2009

Lévi Strauss, les fous et l'identité de l'autre

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Barré à l’époque où ça poque à donfe

Dans un dernier soupir, Levi Strauss a dû se dire: «C’est décidément irrespirable, je me barre de ce monde de barrés!» Certes le sage n’était pas un mec des téci et le verlan n’était pas tout à fait son genre. Dans cette matière que forment nos banlieues, Claude Levi Straus aurait cependant trouvé autre chose à dire et à savoir que le mépris de la pensée barbare qui n’envisage une partie de nos concitoyens que pour les sommer d’aimer jusqu’à cet objet qu’elle se montre inapte à définir. «Qu’est-ce que l’identité nationale?» A la question posée clandestinement aux enfants des nègres et des bougnoules de ce pays, mais brandie comme une urgence d’utilité publique, d’aucuns entendent qu’elle ouvre sur une autre question: «qu’est-ce que être français?» Pour cette grande pièce de théâtre en live, des félons officiels ouvrent même des sites Internet truqués à la gloire de l’Empire, avec les zimpôts des farcis.

Nul doute que le vieil homme qui s’est éteint aurait été sensible aux différences qui s’élaborent en sourdine dans nos banlieues. Mais de sagesse, notre empire à talonnettes n’en n’a point. Un pouvoir à notre image, à l’image de l’état de la pensée critique en France. C’est l’époque qui veut ça. Songez que la Gaule Erectile était connue dans le monde entier pour la bandaison de ses idées, ses crampes de neurones à la Sorbonne. Tout fout le camp. Levi Strauss est comme le dernier des Mohicans. L’intellectuel, une espèce disparue en France. Du pays d’Emile Durkheim, de Marcel Mauss, d’André Gide, d’André Malraux, de Gaston Bachelard,  de Jacques Derrida, de Jean Hippolyte, de Maurice Merleau-Ponty, de Jean-Paul Sartre, de Georges Bataille, de Louis Althusser, de Gilles Deleuze, de Michel Foucault, de Félix Guattari, de Jacques Lacan, d’André Leroy-Gourhan, il ne reste que les ruines de pipoles balladant l'échancrure de leur chemises blanches sur les plateaux de télévision. La subversion intellectuelle c'est cela: déboutonné jusqu'à quel bouton? Ecoutons un peu Cloclo ça va nous faire du bien...

Aujourd’hui la Sorbonne est passée dans les média. On ne pense plus, on panse. Les filousophes rappellent fichtrement les fameux « idiots utiles » à l’idéologie marxiste-léniniste. La pensée critique à la télévision ce sont ces guignols livrés aux puissances de l’argent, pratiquant une nouvelle forme de fascisme. Le pouvoir est partout, disait Foucault, on connaissait le fascisme casqué, botté des militaires, là un microfascisme s’est substitué aux totalitarismes d’antan. A Gilles Deleuzes auquel on demandait le bien qu’il pensait des nouveaux filousophes, l’intellectuel eut cette réponse :

« Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. […] Ils ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers : Primo, il faut qu'on parle d'un livre et qu'on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n'a à dire […] C'est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu'ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d'un dossier à faire, d'un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d'organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie. […] Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école (philosophique NDLR) vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s'est dit qu'ils avaient raison, qu'il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça.» Revue Minuit n°24, mai 1977

Claude Lévi-Strauss s'épargne désormais les cons. Salut l’esprit…

Une dernière chose...

En passant avant de vous quitter, on a trouvé ce truc sur le crétin de Philippe Val qui ne manque pas d’intérêt:


«Aucun téléspectateur n’aura été épargné par cette révélation : Philippe Val est désormais un «philosophe». Depuis la sortie de son Traité de savoir-survivre par temps obscurs (Grasset), dans lequel le protégé de BHL réchauffe au micro-ondes ses barquettes de Spinoza à 0 % (« L’amour nous éloigne-t-il de la guerre?» «Les singes sont-ils fascistes?» «Comment être un homme des Lumières aujourd’hui?»), le golfeur analphabète Sylvain Bourmeau l’accable dans Les Inrockuptibles de questions embarrassantes (« Il y a dans votre livre des propos extrêmement intelligents», 9.1.07) et les animateurs de salons télévisés se l’arrachent. Le 22 janvier, Val trône à la «matinale» de Canal Plus, puis pontifie chez Yves Calvi sur France 2 au sujet de la mort de l’abbé Pierre en compagnie de Bernard Kouchner et Christine Boutin. « Alors vous, le directeur de Charlie Hebdo...» caquette Calvi, qui escompte une saillie anticléricale mais ne récolte qu’une dissertation sur l’urgence de ressusciter la Constitution européenne pour loger les sans-abri. C’est tout ce qui reste du vernis d’impertinence associé à la «marque» Charlie Hebdo. Source, Poursuivre.

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