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30/08/2009

Noirs avec modération

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Nous avons reçu deux messages

Ces messages appelaient une réponse du modérateur et nous avons tenu à y répondre à la une

Un message de Pascal Gilbert: il nous demande s’il peut reprendre notre post à propos des noirs de France et du rejeton de Bongo sur un de ses sites «bien entendu en citant toutes les sources». Prenez donc cher Pascal! Le plaisir est le nôtre. Il faut d’ailleurs vous avouer une chose qui n’entamera pas votre honnêteté intellectuelle. Peu nous importe que vous nous citiez si un tel oubli advenait, nous ne vous en tiendrions pas rigueur. Nous estimons à La Feuille de Manioc que les idées, bonnes ou mauvaises, sûres ou égarées appartiennent à l’esprit souverain de cette raison que d’aucuns croient posséder. Nous-mêmes ici avons dû bien emprunter, voire même piquer à la barbare, toutes nos idées fielleuses à des gens bien disposés et généreux qui nous ont laissés faire. C’est ainsi seulement que nous, damnés de la terre, viendrons à bout des faussaires qui cornaquent nos libertés. Prenez donc et faites circuler. Nous vous en remercions par avance.

Nous avons reçu un autre message de Fary à propos du même Post:

«Avant toute chose, je voudrais souligner que j'ai aimé l'indépendance de ton qui ressort de l'article. Seulement... je pense que la longue digression sur les "kémits" et autres "noirs frustrés refaisant le monde virtuellement" est un peu trop sévère (et c'est un mot gentil). Car ces jeunes que vous prenez pour cible sont également mus par l'envie de voir leur communauté s'en sortir comme les cingalais et les chinois mais ont surtout, je crois, envie de remettre les choses dans le bon ordre, celui de la vérité historique. Je trouve que pour quelqu'un de critique qui écrit des articles, vous excluez cette forme d'affirmation (qui doit bien évidemment être suivie d'initiatives concrètes, et il y en a, encore faut-il que vous preniez la peine de vous en soucier...).»

Cher ami, il faut vous répondre sur ce point car nous regretterions d’être mal compris. Nous pensions déjà acquis nos égards pour toutes les démarches sincères, qu’elles s’enracinent dans le cours de la Lozère ou du Niari. Ce que nous fustigeons c’est d’abord l’hypocrisie des aliénés et ensuite la défausse des vaincus. Nous respectons ce qui est sincère y compris en cas de désaccord sur le fond. Il n’était donc pas de vindicte dans notre esprit s’agissant de tout jeune africain ou descendant d’africain, et pour quoi d’ailleurs se limiter à ceux-là, pour tout jeune européen, chinois ou américain, qui décide sincèrement, de retracer cette histoire universelle, d’en épouser les espèces au point de se surnommer Ramesu ou Narmer. Pour tout vous dire, qu’un Yoruba décide de se faire appeler Narmer est moins crétin à nos yeux, que le prénom de baptême qui le désigne par Stefen. C’est dans l’acte du baptême que le Yoruba s’aliène initialement sa culture et du fonds de compétences dont dépend sa liberté. Et c’est comme Yoruba aliéné qu’il se livre en proie au sacrifice de l’universel donné sous les espèces de la religion, des valeurs et des normes socioéconomiques qui le dominent. C’est ce malade qui croit ensuite pouvoir faire l’impasse du Yoruba pour fouiller Narmer, comme pour fuir la tâche immédiatement pratique et urgente qui l’attend et lui incombe. Etre d’abord Yoruba, pleinement, fièrement, totalement et comme tel s’ouvrir ensuite au monde et à son passé! C’est une fuite!


«bizarreries égyptiennes»

A ce propos il n’y a pas de bizarreries égyptiennes mais une histoire qui reste à écrire, et des fouilles archéologiques à effectuer, notamment au Soudan. Notre inquiétude critique est de voir justement des jeunes orphelins de tout repère, passer d’une aliénation à une autre fusse celle de l’Egypte antique. Nous ne pensons pas que quiconque remonte l’histoire par une porte dérobée mais seulement à partir de ce qu’il est ici et maintenant, c’est-à-dire en tant que Yoruba, Batéké, Bamiléké etc., ou jeune français issu d’un Yoruba, Batéké, Bamiléké et qui s’interroge sur sa relation à ce passé étant ici et aspirant à y demeurer. Nous avons la prudence de dire que nous n’avons pas de réponse. Nous invitons à l’exigence de chacun pour soi et l’avenir arbitrera.

Qu’à cela ne tienne, soyez rassurés, nous respectons toute «démarche consistant à se projeter vers l'avenir avec des projets idéologiquement forts, qui conjugués à leur formation (ces jeunes), aboutiront à de probants résultats.» Nous ne sommes cependant pas convaincus que des résultats probants émaneront d’une agitation de la potion égyptologique moyennant la méconnaissance du Yoruba. Mais nous ne demandons qu’à l’être. Ce sera profitable aux africains et le monde entier s’en portera mieux. Notre scepticisme vis-à-vis de ce détour d’antiquaires n’a rien d’intellectuel ou d’idéologique. Il est essentiellement pratique. Nous croyons qu’il faut se nourrir de son voisinage immédiat pour prétendre voir loin ou voyager loin, dans le temps comme dans l’espace. Vous nous donnez d’ailleurs raison et peut-être conviendrez-vous d’un accord entre-nous. Vous soulignez à cet égard que votre  «prénom est «Fary» n'est pas un pseudo...  Mais il signifie "Roi suprême" en égyptien ancien, c'était le titre qui était donné aux pharaons et j'en ai hérité via mon grand-père qui lui est de l'ethnie socé (Je suis sénégalais) et n'a sûrement pas vécu en -3000... ». Nous pourrions abonder en ce sens en vous soulignant à notre tour que Fara ou Phara, désigne dans de nombreuses langues bantoues le prêtre, celui qui tient la clef du verbe. Vous poursuivez:

«Cet anachronisme est expliqué par les professeurs Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga (Egyptiens et Ouest-Africains viennent tous de la Nubie c'est à dire l'actuel Soudan/Ethiopie). Découvrir cela n'a pas fait de moi un taliban de l'égyptologie mais m'a permis je pense, comme ces jeunes qui s'intéressent à leur passé, de me sentir plus fort et donc mieux armé pour réaliser des choses, entreprendre, assumer entièrement ce que je suis, porter des projets etc...»

Comme vous y allez! Pas taliban tout de même! Sans débattre du fondement de ce fait et de la nécessité indiscutable de retracer, de toutes façons, l’histoire de l’Afrique et des africains autrement que par les civilisations monothéistes qui la dominent indistinctement depuis 1300 ans, la question que nous posons est à quoi cela vous conduit. Vous y répondez: «en somme faire des choses concrètes pour m'en sortir, et aider les miens à s'en sortir...» Nous sommes très réservés sur ce point. La Chine a digéré les mondes d’ailleurs à travers le fil chinois du 20ème siècle sans référer aux minutes des Han pourtant glorieuses. Il nous semblerait plus accessible, plus conséquent et plus pratique pour un Ewondo d’être fier d’être Ewondo et de manger du Ndomba Nnam, que de rêver de gloires trop lointaines pour ne pas demeurer, du point de vue de son expérience, qu’une chimère. C’est comme Ewondo accompli qu’Abega va remonter la civilisation Sao et qu’il se raccrochera logiquement à la Nubie. Ce n’est pas comme aliéné par la franc-maçonnerie, par l’église ou par la Mosquée, et rêvant de Porsche CayenneS et de Smalto ce dont il sort frustré et perclus de haine pour cet Occident qu’il désire en secret, qu’il se prépare à s’en sortir. C’est en cela que l’Afrique est mal partie. Elle ne s’aime plus!

Pour le reste nous ne sommes ni noirs ni blancs, ni jaunes et surtout pas métis (pas de ça chez nous…). Nous aspirons à n’être que des bâtards accomplis des citoyens-corniauds. Toutefois, à toutes fins utiles, aux noirs qui comme les abrutis du Cran croient devoir revendiquer aux yeux des blancs et devant les mêmes blancs d’être noirs ce qui est en soit contradictoire, nous invitons à méditer la saillie de Wole Soyinka : «le tigre ne crie pas sa tigritude». Une invitation à sauter sur sa proie pour la dévorer. Entre un passé trop lointain pour qu’une faiblesse y accède et le désir secret du bourreau qui cache une frustration et se transmue en revendication identitaire, il y a peut-être tout simplement l’expérience immédiate de son père, de son grand-père, de sa mère et ainsi de suite, celle de leur langue, de l’histoire de leurs cohortes, celle que tous les enfants d’Afrique savaient conter l’ayant reçue en héritage avant qu’une névrose collective les pousse à se raconter des histoires de modernité. C’est le chaos actuel de l’Afrique. A très bientôt! LFDM

Commentaires

Je suis ravi d'avoir eu une réponse à mon commentaire, c'est dire la dimension "personnalisée" de ce blog et le soin apporté à vos lecteurs.Bref, passons les amabilités car je pense que ni vous ni moins en sommes friands...

Alors réponse à la réponse (et je pense bien que pour ma part je m'en tiendrai là car j'ai des projets concrets à accomplir avec les miens).Le développement de votre argumentaire est essentiellement basé - et je résume - sur le principe "Sois Peuhl ou Bamiléké avant d'être nubien"...Une question : Qui a dit le contraire ? Seulement il est vrai que je ne l'ai pas dit de manière aussi explicite, car sûrement trop interpellé par la sévérité de vos propos.Et pour fréquenter "ces gens" , autres Narmer et Toutankhamon du XXIème siècle, je peux vous garantir que la plupart (pas tous bien évidemment car il en existe bel et bien des pharaons féllés) , la plupart intègrent totalement le fait d'être ceci ou cela avant de vouloir replonger dans un passé encore plus lointain comme l'est le passé nubien ou égyptien.

Que de choses apprises sur les bissas et autres diolas en discutant avec un Upahotep (Maturin de son vrai prénom) ou un Hor(us).Que de choses ai-je pu apprendre! Alors , je tiens à vous dire que cette argumentation que vous me présentez là, même écrite à l'aide d'une excellente réthorique, relève également de l'évidence pour nous.Nous nous assumons pleinement en tant que socé, yorouba, bamiléké, bété, bissa ou autres...Et chose importante , nous ne le crions pas sur tous les toits (Nous sommes des tigres silencieux (SIC)).

Seulement, et j'ai également l'impression d'avoir été mal compris, ces jeunes ne font pas de la masturbation intellectuelle contre productive comme vous semblez le leur reprocher.Le seul intérêt d'insister autant sur l'Egypte et son histoire réside dans le fait de retrouver une des plus époques les plus glorieuses de notre passé (comme l'ont également été le Ghana, le Tsongai ou Gao) et de puiser en cela une force morale en vue de batir des choses nouvelles , ancré dans nos cultures et en phase avec notre époque.Cette dialectique est sûrement difficile à saisir pour un "observateur" de cette "clique de névrosés égyptiens" mais de l'intérieur et au vu des actions réalisées , cette démarche fonctionne : que vous en doutiez ou pas...

Cela nous permet également d'aller plus loin et de ne pas seulement se sentir uniquement Yorouba, Peuhl ou Bambara mais également frères et soeurs , issus d'un même socle (et les preuves scientifiques ne manquent pas , je peux les partager avec vous si vous le souhaitez). De plus la prise de conscience de ce socle commun nous pousse vers deux choses : Arréter de nous dénigrer entre africains (Oui, oui c'est monnaie courante aujourd'hui chez les jeunes africains) et ensuite avoir des envies communes pour un futur commun , en somme oeuvrer pour le panafricanisme moderne et sous régional.

Et pour de fervents détracteurs de la Françafrique et de ses nombreux réseaux "maçonico-finaciers" comme vous, je pense que vous devriez être raviis de voir que des jeunes poussent dans le sens de dirigeants exemplaires éliminés par cette Françafrique comme l'ont été Olympio et Sankara.Nous ne sommes donc ni passéistes, ni égyptiens et nous ne mettons pas la charrue avant les boeufs.D'abord Socé, ensuite sénégalais , ensuite ouest-Africain et enfin Kémit.Avec tout ce que cela comporte de passé douloureux ou glorieux...Tout cela pour être assez fort et prendre en main notre destin , c'est tout.Si les chinois n'ont pas fait pareil et d'après vous ont réussi alors tant mieux pour eux, nous ne sommes pas chinois...

Permettez-moi également de vous proposer une citation, dont je tairai la source (même si je doute que cela puisse se faire, mais c'est pour ne froisser aucune sensibilité), je cite :
"La connaissance de toute chose est préférable à sa méconnaissance"...

Merci et vive Ali Bongo (Un peu d'humour ne fait pas de mal!)

Écrit par : Fary | 31/08/2009

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