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21/06/2009

«Assommons les pauvres!» nègres...

Encore un Béké qui dit ouvertement ce qu'il pense

Comment traite-t-on celui dont on traîna le corps outre-atlantique afin que de sueur, du sang et du viol on fasse du sucre et de cela, nos esprits de lucre? Va te faire intégrer au Sénégal puisque  tu la trouves la colonisation si mauvaise que cela… Au sujet de mendiant, le Démon de Beaudelaire avait eu cette sentence: «Celui-là, seul, est l’égal d’un autre, qui le prouve, et celui-là, seul, est digne de la liberté, qui sait la conquérir.» Voici le noir qui hante ma morale. Encore lui! Le voici à l'heure céleste du repentir, invité au rituel «Mea Culpa, Mea Culpa, Mea Maxima Culpa», pour soulager le Béké. Enfin, nous y voilà! Enfin la normalisation débridée de l’amoral et que vive demain, le surhomme.

Non décidément ce qui choque la Feuille de Manioc, c’est l’idée même qu’il y ait des toqués, noirs pour la plupart, que cela choque et rien d’autre. Nul besoin certes de tourner autour de cet abruti pour se convaincre que l’esprit est en face d’un dégénéré, mais cet ignare ne dit autre chose qu’une impuissance qui, depuis 1492, par la morale a fait d’eux des êtres serviles. Une servitude qui couvre le maître de louanges et se plaint de ce qu’il n’est pas si bon qu’il le prétend plutôt que d’assommer le maître. Un abaissement sans commentaire qui donne envie de relire Baudelaire «Assommons les pauvres!»

Texte extrait du Spleen de Paris.

Pendant quinze jours, je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des livres à la mode dans ce temps-là (il y a seize ou dix-sept ans); je veux parler des livres où il est traité de l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-quatre heures. J’avais donc digéré, -avalé, veux-je dire,- toutes les élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, -de ceux qui conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu’ils sont tous des rois détrônés. On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.

Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée, quelque chose d’infiniment vague.
Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.

Comme j’allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l’esprit remuait la matière, et si l’œil d’un magnétiseur faisait mûrir des raisins. En même temps, j’entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je reconnu bien; c’était celle d’un bon Ange, ou d’un bon Démon, qui m’accompagne partout.

Puisque Socrate avait son bon Démon, pourquoi n’aurais-je pas mon bon Ange, et pourquoi n’aurais-je pas l’honneur, comme Socrate, d’obtenir mon brevet de folie, signé du subtil Lélut et du bien avisé Baillarger? Il existe cette différence entre le Démon de Socrate et le mien qui celui de Socrate ne se manifestait à lui que pour défendre, avertir, empêcher, et que le mien daigne conseiller, suggérer, persuader. Ce pauvre Socrate n’avait qu’un Démon prohibiteur; le mien est un grand affirmateur, le mien est un Démon d’action, ou Démon de combat.

Or, sa voix me chuchotait ceci : «Celui-là, seul, est l’égal d’un autre, qui le prouve, et celui-là, seul, est digne de la liberté, qui sait la conquérir.»
Immédiatement, je sautais sur mon mendiant. D’un seul coup de poing, je lui bouchai un œil, qui devint, en une seconde, gros comme une balle. Je cassais un de mes ongles à lui briser deux dents, et comme je ne me sentais pas assez fort, étant né délicat et m’étant peu exercé à la boxe, pour assommer rapidement ce vieillard, je le saisis d’une main par le collet de son habit, de l’autre, je l’empoignai à la gorge, et je me mis à lui secouer vigoureusement la tête contre un mur. Je dois avouer que j’avais préalablement inspecté les environs d’un coup d’œil, et que j’avais vérifié que dans cette banlieue déserte je me trouvais, pour assez longtemps, hors de la portée de tout agent de police.

Ayant ensuite, par un coup de pied lancé dans le dos, assez énergique pour briser les omoplates, terrassé ce sexagénaire affaibli, je me saisis d’une grosse branche d’arbre qui traînait à terre, et je le battis avec l’énergie obstinée des cuisiniers qui veulent attendrir un beefsteak. Tout à coup, –ô miracle! ô jouissance du philosophe qui vérifie l’excellence de sa théorie!– je vis cette antique carcasse se retourner, se redresser avec une énergie que je n’aurais jamais soupçonnée dans une machine si singulièrement détraquée, et, avec un regard de haine qui me parut de bon augure, le malandrin décrépit se jeta sur moi, me pocha les deux yeux, me cassa quatre dents, et avec la même branche d’arbre me battit dru comme plâtre. – Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l’orgueil et la vie.

Alors, je lui fis force signes pour lui faire comprendre que je considérais la discussion comme finie, et me relevant avec la satisfaction d’un sophiste de Portique, je lui dis: «Monsieur, vous êtes mon égal! veuillez me faire l’honneur de partager avec moi ma bourse; et souvenez-vous, si vous êtes réellement philanthrope, qu’il faut appliquer à tous vos confrères, quand ils vous demanderont l’aumône, la théorie que j’ai eu la douleur d’essayer sur votre dos.»

Il m’a bien juré qu’il avait compris ma théorie, et qu’il obéirait à mes conseils.

Charles Baudelaire.

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