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10/04/2009

Choquants, les stocks et les flux de l'immigration?

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Au fond, qu'y a-t-il de choquant à virer 5000 nègres ou bougnoules?

Il y a une problématique impensée sous cette spontanéité récurrente à défendre les droits des migrants ici, qui par définition n'en n'ont pas. C'est comme lutter contre les tempêtes. Dès lors qu'on en vire 1, 5, 10, 100, 1000, aucun seuil n'est moins acceptable, pas plus 5000 que 10000. Alors pourquoi insister? La lutte contre cette politique de la population fortifie et même légitime des mesures qui seraient vaines si tout le monde encourageait Eric Besson à expulser non pas 5000 mais 100.000 immigrés. Il aurait l'air con du jour au lendemain.

Des organisations dont on ne mettra pas en cause la sincérité et la volonté dénoncent: «Dans la loi de Finances 2009, apparaît un objectif chiffré d’interpellation «d’aidants», c’est à dire de personnes ayant apporté une aide, quelle qu’elle soit, à un homme ou une femme en situation irrégulière… Pour 2010, cet objectif est de 5 500. Aujourd’hui, en France, il est devenu criminel d’accueillir, d’accompagner, ou seulement d’aider une personne en situation irrégulière…» Qu’y a-t-il d’étonnant ou de choquant là-dedans? Pourquoi se surprendre que les oiseaux migrent, que les criquets s’attaquent aux récoltes, qu’il pleut, et que l’homme est hautement civilisé à la condition de n'être pas «le bon sauvage» de Rousseau mais le vrai barbare de ses abjectes techniques, et que barbare comme civilisé, il s’agit le la même condition? Ca c'est pour Guaino de Dakar qui se prend pour un intellectuel.

Ce débat a besoin de rigueur ce dont ne manquent en général les organisations signataires Gisti, Cimade, Emmaüs… à l’exception des nuisibles de SOS Machin. Elles ne sont cependant pas à l’abri de méprises intellectuelles. Rectifions pour commencer, une inexactitude juridique à moins qu’il ne s’agisse d’une dramatisation volontaire qui n’entame cependant en rien le caractère scélérat du dispositif qu’elles dénoncent. Il s’agit en l’occurrence d’un délit et non d’un crime. Il n’est donc pas «criminel» mais bien «délictueux» d’aider une personne en situation irrégulière. Mais là n’est pas notre problème. Selon la Feuille de Manioc, au risque encore une fois de jouer les grincheux, le débat est bel et bien ailleurs, dans nos inconséquences positives.

Nous sommes nos poubelles et les résidus de Ceuta disent notre civilisation

Pardon pour la gadoue pestilentielle mais il est bon de rappeler ce qu’un comique nous avait enseigné: «ce n’est pas lorsqu’on s’est chié dessus qu’on serre les fesses.» La leçon semble passée inaperçue. Il est temps de congédier nos hypocrisies morales. On va faire dur. En quoi ce qui est dénoncé ici est intolérable, «les stocks humains», indésirables et relégués pour seulement valoriser, de cette fausse monnaie ségrégative, d’autres stocks qui iront se flatter d’avoir été intégrés? Va te faire intégrer… Il s'agit de répondre par le fait et le sens. En quoi au fond cette ségrégation politique diffère des procédés et des routines que nous appliquons quotidiennement dans nos entreprises et nos administrations, nous secrétaires, agents, managers, cadres dirigeants, chefs d’entreprises, avec zèle sinon enthousiasme? Des agissements pour lesquels nous sommes fiers d’êtres évalués et ravis d’évoluer professionnellement, ce dont nous obtenons des avantages, en termes de valorisation sociale par la promotion, le pouvoir d’achat, puis la jouissance à travers ce que nous consommons et dont l’éclat signale ce que nous sommes devenus, dans nos vies réussie de Rolex? On connaît la réponse éculée: «ce n'est pas la même chose...» Si, si! C'est exactement la même chose.

Il est normal que des stocks humains figurent dans une loi de finance

Valeurs et déchets, produits et pertes, telle est l’industrie de notre civilisation, de notre développement. Qu’y a-t-il là d’étrange ou d’étranger à ce que nous sommes intrinsèquement? Vierges effarouchées d’un jour… N’est-ce pas exactement pour cela que nous pleurons lorsque nous sommes recalés ou sanctionnés, à l'école, au boulot? L’objectif de ségrégation humaine n’est pas une verrue de notre loi de finance. Il est au cœur de la comptabilité nationale qui se conclut en fin d'exercice de points de PIB. L’homme est une ressource comme le bois, le blé, surtout le blé pour ceux qui en gagnent, le cochon, surtout le porc qui pullule dans les hautes sphères de la pensée réformatrice. Avec ou sans cravate, franc-maçon ou rosicrucien, peu importe, tous des porcs qui s'en mettent plein les fouilles à stocker et déstocker l'humain. Alors ne pas pleurer au moment des soldes, dès lors que le nègre a toujours été dans notre imaginaire, le degré zéro de notre humanité. Il s’agit tout simplement dans une valorisation, promotion, élection… ou d’un déstockage, sanction, relégation, enfermement, d’une opération de gestion de «ressources humaines», syntagme qui opère efficacement dans nos entreprises, et qui résume l’objet de notre société et de son développement.


De quelle indigence intellectuelle ce tintamarre sur les sans papiers est-il le signe?

Il est singulier que nul ne s’émeuve en ces termes des chiffres du chômage, de la relégation des personnes âgées dans les mouroirs cependant que les magazines donnent à croire à la jeunesse éternelle sous le charme de beautés refaites au scalpel et à la retouche photoshop; que nul  ne s'émeuve du parc à nourrissons à l'objet de démobiliser la maternité le plus vite possible après une naissance; de la préretraite bientôt à 45 ans. Bon pour la réforme... Une humanité que définissent ces critères de "race", de genre, de classe sociale, d'héritage, qui forment l'identité que la loi de finance a pour objet de fabriquer au même titre qu'on planifie des infrastructure.

Cessons de feindre l'ignorance.  Il en résulte que cette humanité doit être disponible et utile aux actifs à peine d’être reléguée dans la gamme des résidus. L'individu est une matière première comme une autre que l’on n’ose pas dire en ces termes au nom d’une morale éculée et d’enculés. Et comme dans toute matière première, il y a le cœur de la matière, précieux, noble, puis les seconds produits périphériques, enfin les résidus. Et la valeur d'un diamant se mesure à ce qui s’extrait après résidus. S’il se trouve un bricoleur de la pensée en France pour jouer les philosophes et nous soutenir le contraire qu’il vienne donc ici en parler avec nous. Nous l’attendons de tige ferme. Nous débattrons de ces falsifications et de ces petites impostures dont nous ne sommes en rien les patients et encore moins les victimes loin de là. Pris individuellement dans le système qui exige notre participation et notre consentement tous les jours, nous sommes les agents d’une grosse horreur systémique (du point de vue de notre morale).

Toute société peut être regardée à partir de ce qu’elle ingère (prélève et intègre), ce qu’elle transforme puis ce qu’elle rejette. N’ayons donc pas honte de nos poubelles, nos centres de rétention; Vincennes, Ceuta. Ni de nos fosses sceptiques qui recycle nos  seconds produits en valeurs acceptables; les actions humanitaires, le co-développement, concepts cache-misère de nos abjections. Les résidus sont expulsés,  crèvent  noyés ou de soif dans le désert. Encore l'ingénierie de l'espèce. La morale n'a rien à y faire, c'est affaire de puissance, de prédation, de civilisation. Assumons. Il y a plus de vérité de ce que nous sommes dans nos déjections que dans les vanités de nos érections. Là nos prouesses technologiques, nos voitures, nos pavillons, nos vacances; là-bas nos crimes, le sang, nos vols, nos viols… Les uns tiennent les autres et tous se présupposent en vice versa et surtout, en vices tout court.

Signez la pétition

Cela étant, ne rien faire est peut-être pire même si ces organisations seraient bien inspirées de traquer, dénoncer et pétionner contre nos intérêts et les coups de force de nos services qui corrompent la vie dans ces ailleurs rendus invivables par les exigences de notre niveau de développement.  C'est cela qui explique que des corps meurtris viennent à l'assaut des barbelés de notre camp civilisé comme les saumons  remontent les cours pour y mourir, et quelques uns se rescaper. Ce sont nos nègres intégrés, nos musulmans qui mangent du porc... Et nous en sommes fiers. Agir à ce niveau serait prendre le problème à la racine. Il reste cependant utile d’agir avec ces organisations, sans être dupes ni perdre de vue qu’un pansement ne traite pas une gangrène et peut même la maquiller. Il en sera ainsi tant que nous n'aurons pas réexaminé nos valeurs, nos manières d'être, de faire, notre projet de société qui se barre en couilles et c'est très bien. Veuillez pour l'heure prendre connaissance de la communication qui suit et même, si vous êtes convaincus, signer la pétition sur le site des délinquants-solidaires.org. C’est poêlant de se savoir délinquant pour avoir reconnu son semblable. Une question de mots. LFDM

Action collective

«Nous sommes tous des délinquants, à Mayotte plus qu’ailleurs»

Dans la loi de Finances 2009, apparaît un objectif chiffré d’interpellation «d’aidants», c’est à dire de personnes ayant apporté une aide, quelle qu’elle soit, à un homme ou une femme en situation irrégulière… Pour 2010, cet objectif est de 5 500. Aujourd’hui, en France, il est devenu criminel d’accueillir, d’accompagner, ou seulement d’aider une personne en situation irrégulière… Le 18 février 2009, à 7h45 du matin, la police frappe à la porte de Monique Pouille, 59 ans, bénévole aux Restos du coeur et à l’association Terre d’errance. Depuis deux ans et demi, cette femme organise les dons de nourriture et d’habits pour les migrants qui errent autour de Calais dans l’espoir de passer en Angleterre. Elle recharge aussi leurs portables. Les policiers lui on dit: «on vient vous chercher pour vous mettre en garde à vue, pour flagrant délit d’aide aux personnes en situation irrégulière». Mayotte n’est pas épargnée par ce phénomène. Il y a quelques semaines, plusieurs citoyens ont été jugés et condamnés à de lourdes amendes pour avoir procuré à des Africains demandeurs d’asile un certificat d’hébergement. Des pressions policières et judiciaires sur des militants associatifs ont également été perpétrées, souvent de manière grossière, sans fondement ni début de preuve, et ce dans le but d’intimider ceux qui, par convictions et sans motivation ni pécuniaire ni matérielle, donnent de leur temps pour aider les plus démunis. Alors demain, quels gestes du quotidien seront punis pour remplir les objectifs du ministère de l’Immigration? Le consommateur qui achète ses tomates au marché du coin sera-t-il châtié pour avoir «enrichi» les ouvriers agricoles en grande partie «sans-papiers»? Le médecin qui accepte de soigner un enfant dont les parents sont en situation irrégulière sera-t-il condamné pour avoir sauvé la vie d’un «fils de clandestin»? Le citoyen qui donne une couche, un bol de riz ou un peu d’huile à son voisin «sans-papiers» sera-t-il poursuivi pour aide au séjour d’un «étranger en situation irrégulière», pour reprendre les termes de l’administration? Le frère en situation régulière qui héberge sa sœur sans papiers français, la fille qui nourrit son père, seront-ils cloués au pilori de la politique du chiffre? Et le militant dont l’association a signé une convention avec la préfecture pour venir en aide aux plus démunis: pourra-t-il lui être reproché d’avoir rempli bénévolement sa mission? Si tel était le cas, pas un habitant de Mayotte, pas même les hauts responsables administratifs, ne pourrait prétendre à la relaxe devant un tribunal. Car ici plus que partout ailleurs: ceux que l’on appelle les «sans-papiers» et qui habitent pour certains depuis des années sur le territoire, font partie intégrante de notre vie;  ceux que l’on classe parmi les «Africains demandeurs d’asile» et qui n’ont aucun moyen de subsistance en attendant la réponse de l’OFPRA [1], ont besoin d’une aide matérielle et morale que l’Etat refuse de leur apporter. Nous sommes tous concernés, citoyens de France hexagonale, de Mayotte ou d‘ailleurs, parce qu’avant d’être «sans-papiers» ou «demandeurs d‘asile», ces hommes, ces femmes et ces enfants sont des personnes en difficulté, isolées et démunies - voire des frères et des pères, des sœurs et des mères - et il est de notre devoir de citoyen de les aider dans la dignité et le respect dû à chaque être humain. C’est pourquoi le Collectif Migrants Mayotte, qui regroupe six associations [2], et la section locale du Secours catholique se déclarent solidaires de l’action nationale menée ce mercredi 8 avril par des milliers de citoyens, qui se présenteront devant les palais de Justice de dizaines de villes pour se constituer prisonniers volontaires - affirmant avoir, un jour, aidé un homme ou une femme sans papiers français en difficulté [3]. Le 8 avril 2009

Organisations signataires:
Collectif Migrants Mayotte (Cimade; Coordination pour la concorde, la convivialité et la paix; Gisti; Médecins du Monde; Réseau Éducation sans frontières de l’île de Mayotte; Solidarité Mayotte), Secours Catholique

[1] Office français de protection des réfugiés et apatrides.
[2] Le Collectif Migrants Mayotte est composé des associations Cimade, CCCP, Gisti, Resfim, Solidarité Mayotte, Médecins du Monde, ainsi que de nombreux travailleurs dans les secteurs social, médical, juridique et enseignant oeuvrant à Mayotte.
[3] Pour plus de renseignements sur cette action: www.delinquants-solidaires.org. Organisations signataires: La Cimade, Comede, Emmaüs France, Fasti, Fédération entraide protestante, Fnars, Gisti, Ligue des droits de l’homme, RESF, SAF (Syndicat des avocats de France), Secours catholique, SOS racisme, Uniopss…

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