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08/04/2009

Ségolène Royal, le Contre-Discours de Dakar

segolene_royal_24.jpgPlutôt que la vindicte, allons au fond de ce qui est en cause

Suite au Contre-Discours de Dakar, il convient d'éclairer les lecteurs de la Feuille de Manioc tant la campagne de lynchage des hordes de la réaction est indigne et rabaisse le personnel politique de ce pays qui ne brillait déjà pas. Nous avons préféré vous livrer de larges extraits de son discours prononcé à Dakar. Au festival des nostalgiques de la coloniale et des racistes qui sont aussi souvent des machos rêvant de récrire l'histoire à partir de leur petite mine prétentieuse, rien ni personne ne manque. C’est pourtant la critique, l’argument et l’analyse qui font défaut à ces contempteurs. Ils vocifèrent et se bornent à affubler l’élue du Poitou de noms d’oiseaux. Lorsqu’on a dit «démagogique», «irresponsable», «politicien» on a encore rien dit ni convaincu le baudet, à l’exception des téléspectateurs d’Eric Revel. Il faut encore sacrifier à la démonstration si l’équipement mononeuronal, c’est un standard à droite, l’autorise et ce, au moyen de propositions intelligibles corrélées aux faits. Dire par exemple en quoi ce que Ségolène allègue est faux. Sinon on ferme son claque-merde et on claque ses deux mains d’andouilles pour applaudir la Madone.

Ségolène Royal est l’honneur de la France, elle la grandit au contraire de ceux qui la ratatinent. Elle a fait un discours sobre, technique et lucide qui fera date. Si Madame Royal doit être critiquée c'est pour ce qu'elle dit et non à raison des accès névrotiques d’une droite post-colonialiste qui ne supporte pas une sensibilité progressiste en France sur l'une des questions les plus vives qui traversent sa société alors que le métissage a été érigé en injonction. En quelques mots, Ségolène à montré combien elle est blanche et fille d'Afrique, née africaine et française, ce qui n'affecte en rien son pays, la France, mais l'enrichit. Au-delà des insultes, il faudra bien relever que ce discours s’inscrit aussi dans une nécessité intérieure. Nos banlieues sont l’écho de notre relation à cette problématique indistincte que le premier discours de Dakar avait remué. Des épiciers tels les noiristes du Cran, ou les imposteurs de Sos racisme et du Mrap, vivent en France de ce tabou. Il en est de même des machins qui ne servent à rien tels que la Halde, dont l’action contribue à exacerber le racisme en France. Il y a dans la parole de cette femme politique la hauteur de vue d’une future femme d’Etat, pour peu que la Madone veuille bien bosser et s’appliquer ainsi en toutes choses. Et puis virer Pierre Berger. Mais c’est lui qui a le pognon!

Extraits du Contre-Discours de Madame Royal à Dakar

«Je suis une fille de l'Afrique, je suis née, à Ouakam,»

«Je suis une fille de l'Afrique et une sœur des hommes et des femmes d’ici. C’est sur votre terre que je suis née, à Ouakam. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de deux ans. Je n’en ai pas beaucoup de souvenirs conscients. Mais tout s’est imprimé. Car on garde enfouis en soi les couleurs, les musiques, la chaleur, la lumière, les parfums engrangés dans les premiers jours de sa vie. De cette naissance j’ai toujours ressenti un profond sentiment de fierté.» […] «L'Afrique est notre avenir. Le développement de l'Afrique sera l'œuvre des africains» […] «Oui il y aura un avenir pour l’humanité avec une Afrique forte, debout et respectée, partenaire d’une Europe forte, debout et respectée. Oui, je veux devant vous porter une parole de respect, de fraternité et de justice, celle qu’aurait dû porter le G20 en associant davantage l’Afrique dans son ensemble.

«Pourquoi avoir écarté un milliard d’habitants? Ce n'est ni juste ni efficace.»

Au delà des avancées positives qu’il faut saluer et qui viennent poser d'autres règles du jeu, pourquoi l'Afrique ne s'y trouve-t-elle pas? Pourquoi avoir écarté un milliard d’habitants et 1/3 des ressources naturelles de la planète? Ce n'est ni juste ni efficace. Tout comme n'est ni juste ni efficace l'absence de ce continent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies ou encore sa sous-représentation dans les conseils du FMI et de la Banque mondiale. L’Afrique doit enfin avoir toute sa place dans les instances internationales car nous avons besoin d’elle, de sa vision, de ses talents, de sa faculté de don, de ses idées.» […]  «D’ici 2040 un milliard de personnes seront contraintes à se déplacer, victimes de la sécheresse, de l’appauvrissement des sols, de la hausse du niveau de la mer. La plupart seront originaires des pays en développement et du continent africain en particulier. Les forêts denses de ce continent sont menacées par la surexploitation des sols et par une agriculture intensive destinée non pas à nourrir les peuples mais aux seules exportations. En 2025, 750 millions de personnes vivront dans des zones désertiques. Aujourd'hui déjà, seule la moitié de la population africaine a accès à l'eau potable.» […]

«Ne pas tromper ceux qu’on prétend aider. Le respect commence là»

«Il existe un seuil de richesse, et un seuil de pauvreté, à partir desquels, ce qui est en cause, c’est l’unité même de l’espèce humaine. […] Il est urgent que les pays du Nord tiennent enfin leurs promesses et respectent leurs engagements internationaux. En aucun cas, la crise ne doit donner prétexte à baisser l’aide au développement. De quelle aide publique parle-t-on ? Aujourd'hui elle se compose essentiellement des annulations de dettes et de prêts. La part des financements destinés à de nouveaux projets, elle, diminue. Ce qui a été donné d’un côté a été repris de l’autre. Je veux pour mon pays, la France, et pour l’Europe le courage de ne pas se payer de mots. Et l’honnêteté de ne pas tromper ceux qu’on prétend aider. Le respect commence là.» […] «L’aide au développement ne doit plus être une version moderne de la charité, condescendante, assénant ses certitudes depuis Washington, Bruxelles ou Paris. Elle doit être construite avec, et non pas pour.» […] «Vous le voyez il existe des raisons profondes d’espérer. J’aime cette phrase de Martin Luther King: «Il n’y a que quand il fait suffisamment sombre que l’on peut voir les étoiles.» […] Une de ces lueurs est apparue récemment, aux Etats-Unis d’Amérique avec l‘élection de Barack Obama. Au-delà du symbole de cet homme noir, jeune qui accède à la première puissance du monde et redonne une fierté à tous les hommes et femmes de couleur et plus largement, à ceux qui se sentent opprimés, au-delà de ce symbole créateur d’espoir, il y a la politique américaine qui change radicalement. […] Son économie s’est effondrée comme une maison rongée par les termites depuis des années et qui s’écroule subitement. Une violence qui oblige l’Administration Obama à mener une révolution sur tous les fronts. Front intérieur avec la refonte du système financier, la loi sur les superbonus, l’investissement dans la croissance verte. Front extérieur avec un tournant dans les relations internationales, le dialogue. Cette stratégie de la main tendue portera ses fruits, j’en suis convaincue. Dialoguer même lorsqu’il n’y a plus de mots pour le faire. Construire des médiations là où le dialogue est rompu. Voilà ce que doit être la diplomatie du XXIè siècle.» […]


«Acune arrogance ne peut résister à la détermination d’un peuple qui a soif de respect»

«A Belem comme à Washington, j’ai ressenti la même pulsation: celle de l’énergie vitale des peuples qui prennent les fausses vérités à contre-pied, se rassemblent, joyeux, sentant que le monde d’après se soulève. […] Oui, je crois à la force citoyenne, la force du peuple qui se dresse, comme s’est dressé le peuple des outremers, autour d’un leader qui a porté la soif de justice et de respect: Elie Domota. Aucune atteinte à la dignité, aucune arrogance ne peut résister à la force de conviction et à la détermination d’un peuple qui a soif de respect et d’actions justes. L’écoute, la démocratie participative, la médiation font leurs preuves partout où elles s’appliquent. Là où l’écoute est défaillante, là où l’exaspération et la violence surgissent. Plusieurs révolutions soufflent sur le monde et notamment une révolution des couleurs. Nous sentons bien que nous sommes à un tournant. Mais nous ne savons pas quel en sera le sens. Si bien que la question qui se pose à nous aujourd’hui, Sénégalais et Français, Africains et Européens, est celle-ci: Que faire naître ensemble ? Et comment le faire naître?» […]

«Le pire: ce fut l’esclavage, le pire: ce fut la colonisation»

« Chers amis,
Pour le meilleur et parfois hélas le pire, nos destins ont été liés. Ils sont liés. Le pire: ce fut l’esclavage, cette «déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes », comme l’a écrit Christiane Taubira dans l’exposé des motifs de notre loi de 2001 qui reconnaît ce « crime orphelin » pour ce qu’il fut : un crime contre l’humanité. Le pire: ce fut la colonisation dont une partie de la droite, dans un projet de loi, a essayé de nous faire croire, en 2005, qu’elle eut des «aspects positifs». […] Voici ce que je disais en 2005 au ministre de l'Intérieur à ce sujet: «La vive réaction de nos compatriotes des Antilles vous a permis de mesurer l’offense faite à la République par la loi adoptée par votre majorité, qui promeut une lecture révisionniste de la colonisation et heurte, dans l’Hexagone comme outremer, celles et ceux pour qui l’adhésion à la France ne peut s’inspirer que des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, bafouées hier par le colonialisme et aujourd’hui par les discriminations.
L’honneur de la République, c’est la lucidité d’une histoire partagée dans une France accueillante à tous les siens.» […] Permettez-moi d’être très claire. Qu’il y ait eu à cette époque des hommes et des femmes sincères de bonne volonté, cela est sûr. Mais on n’a rien dit quand on n’a dit que cela. Le problème est que la colonisation fut un système. Ce système doit être condamné pour ce qu’il fut: une entreprise systématique d’assujettissement et de spoliation. Ses séquelles doivent être combattues sans fléchir. Les colonisés n’avaient pas le choix. Le travail forcé et le Code de l’Indigénat étaient la règle. Et le mépris. Et le racisme. Et la violence d’un système qui fit les uns ployés sous le joug des autres. […] Je veux rendre honneur à ceux qui, dans toute l’Afrique, se sont battus et sont morts dans un combat qui était le combat des Africains, oui, et de toute l’humanité. Et je suis fière qu’il y ait eu en France des consciences pour s’insurger et des militants pour se porter aux côtés de ceux qui luttaient pour leur indépendance. Ceux-là défendaient nos valeurs quand la colonisation en était la négation. […]

«Quelqu'un est venu ici vous dire… Pardon pour ces paroles humiliantes»

Je crois que nous avons le devoir de poser les mots justes sur ce qui fut. Car les mots font plus que nommer: ils construisent la réalité et le regard qu’on porte sur elle. Nos plaies d’histoire ne sont pas toutes cicatrisées. Le devoir de mémoire n’a pas besoin de permission. Chacun s’en acquitte avec la subjectivité et l’héritage qui est le sien. Ce dont, en revanche, nous sommes collectivement comptables et responsables, c’est du droit à l’histoire et du devoir de vérité. Ce droit à l’histoire et ce devoir de vérité, c’est ce qui permet de regarder les faits en face et de partager un récit qui ne soit pas ressassement du passé mais moyen de le dépasser sans amnésie et de se projeter ensemble dans l’avenir. Dans la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme avant d’être assassiné, Patrice Lumumba a dit sa foi inébranlée dans l’établissement de la vérité historique : « L’Histoire dira un jour son mot. L’Afrique écrira sa propre histoire ». […]

Quelqu'un est venu ici vous dire que «l’Homme africain n'est pas entré dans l'Histoire». Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis. Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept «négritude» , vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise. C’est pour cela que les œuvres des historiens Cheikh Anta Diop du Sénégal et de Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso, constituent non seulement un sommet de la science, mais aussi un sommet de la lutte pour la liberté. C’est pour cela qu’il était si important de démontrer comme ils l’ont fait que la Grèce ancienne devait tant à l’Egypte ancienne qui elle-même devait beaucoup à l’Afrique. Ils ont montré que les langues africaines permettent le même déploiement de la rationalité humaine que les langues européennes. Il leur a souvent été reproché d’être partisans. En insistant sur leur engagement indépendantiste et panafricain, on a voulu mettre en doute la rigueur scientifique de leurs recherches. Mais aujourd’hui, chaque jour, les découvertes de l’égyptologie valident les thèses de Cheikh Anta Diop. Une certaine histoire européenne de l’Afrique a voulu dénier aux Africains la fierté d’être Africains. Et comme le pensait Lumumba, écrire c’est agir et agir c’est écrire.

Pour aujourd’hui, il est bon que se constituent autant que cela est possible des équipes mixtes de chercheurs africains et européens pour retracer le destin commun de l’Afrique et de l’Europe. Car c’est en élucidant ensemble les pages communes de nos histoires que nous pourrons écrire ensemble les pages communes de nos futurs. Alors oui, il est temps que nous pratiquions davantage entre nous l’égalité vraie, loin des paternalismes, des misérabilismes, des ostracismes, loin des doubles langages qui masquent mal les doubles jeux. Oui, la France doit honorer sa dette à l’égard de l’Afrique et que les Français doivent apprendre à l’école ce qu’ils ont reçu de l’Afrique. Quand notre territoire national fut envahi, l’Afrique fut un refuge et une aide pour les forces de la France Libre. Les soldats africains ont contribué, sur tous les champs de bataille, à inverser le cours de l’histoire. Le 8 mai 1945, sans l’Afrique et les Africains, jamais la France n’aurait retrouvé sa liberté. Alors comment oublier la sanglante répression menée au camp de Thiaroye contre des Tirailleurs qui réclamaient simplement le respect, leur dû et le droit de porter leurs galons car ils croyaient qu'à l'égalité du sang versé devait succéder l'égalité des droits. Ils avaient raison.

« Solidaires comme les grains de maïs, forts comme le baobab, courageux comme le lion »

Il y a des mots que le peuple français doit au peuple sénégalais et à tous les peuples africains qui ont souffert pour nous et par nous, ce sont des mots simples mais puissants, trois mots que j'ai envie de dire ici en tant que citoyenne et élue de la République française: Pardon. Merci pour le passé. Et s'il vous plaît, pour l’avenir, bâtissons ensemble. Je veux que nous ayons la force de reconnaître enfin tout ce que nous vous devons et tout ce que nous pouvons ensemble. […] Le rôle de l’Afrique dans cette profonde mutation est majeur. Parce que l'Afrique a subi plus que tout autre endroit du monde, souffert plus que tout autre continent, elle peut imposer l’être humain au cœur du système et devenir un phare pour le monde. Qui mieux qu’elle peut saisir l’impasse de la déshumanisation, elle qui a subi à travers les siècles cette déshumanisation. C’est dans le feu qu’on forge les plus belles lames, c’est dans les larmes que l’on peut aussi forger les plus grandes joies. Alors imaginons ensemble, agissons ensemble, réussissons ensemble le nouveau monde qui vient. Faisons notre cette jolie phrase que j’ai entendue de la bouche des jeunes de Thiaroye: soyons solidaires comme les grains de l’épi de maïs, forts comme le baobab, courageux comme le lion.

Ségolène Royal

Commentaires

En ce qui concerne la France et l’Afrique, l’évangélisme humanisant et le colonialisme éducatif d’un côté, la démocratie alternative et la barbarie promulguée de l’autre troublent l’harmonie administrative des PDG de nations, adeptes des vases communicants, de l’exploitation des matières premières aux centres de rétention.
Les réflexes conditionnés ont un problème, celui de leur prévisibilité dans le calendrier mondain, pris en sandwich entre la dette mémorielle et la repentance amnésique.
Que les pros truc et les anti machin aient l’obligeance de s’aimer hypocritement ou de s’entretuer honnêtement une bonne fois pour toute, afin que l’on puisse échapper aux rhétoriques des spécialistes du passé nous construisant des généralités pour le futur.
Bonne volonté empathique, ethnique ou opportunisme économique ou théologique, quoi qu’il en soit le fantasme africain appartient à ceux qui n’en veulent pas, qui n’en veulent plus.
La suite :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/26/bloc-note-tintin-en-afrique/

Écrit par : walkmindz | 08/04/2009

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