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22/03/2009

La France à la croisée des chemins, Rifioul se lâche

rifioul.jpgIvan, le fioul de la pensée réactionnaire.

Le journaliste du Figaro se lâche dans son blog, et comme d'habitude avec ce gardien de la réaction, ça commence plutôt bien:

 

«La France bouillonnante résistera-t-elle aux encravatés qui attisent les braises? Quand Laurent Fabius (PS) annonce des «mouvements profonds et radicaux de révoltes» si «la politique du gouvernement ne change pas», il se fait le perroquet d'Olivier Besancenot (NPA). Mais la droite-comme-il-faut ne vaut pas mieux quand elle répète, avec Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité, que les cités sont victimes de «discriminations» et que la nation est «sur la voie de l'apartheid». Un régime injuste et raciste, cela s'abat, non?

Ainsi posée, la question sert de base au déni. Pour souligner le ridicule il suffit de dire exactement la même chose de toute problématique. Admettons la pédophilie; opposer à la dénonciation de cette réalité l’expédient «des comportements pédophiles et pervers, cela se réprime non?», c’est tenter de décrédibiliser les conséquences qui s'imposent. Poursuivons le niais...

«Une addition de crises (économique, sociale, éducative, générationnelle, identitaire) rend le pays imprévisible. Cependant, les dérives violentes et xénophobes du conflit en Guadeloupe ont montré les désastres de la radicalisation, quand les luttes échappent aux endiguements syndicaux. Est-ce ce scénario de la rue rendue furieuse que ces élites pyromanes veulent soutenir? Subjuguées par les idées de ceux qui les méprisent, elles ressemblent à ces aristocrates qui soutenaient 1789. Faut-il rappeler leur sort en 1793?»

La pensée dont se réclame Yvan Rifioul ne permet aucun doute lorsque son amertume rejoue la scène de 1789. Le ressentiment contre le peuple a de tout temps été le ressort de la droite la plus bête du monde. Il ne s’agit pas pour elle seulement de dominer, posséder ne saurait lui suffire, acquérir n’est pas son unique but, il lui faut un supplément pour qu’elle jouisse de tout cela, un plus-de-jouir comme disait Lacan, qu'elle satisfait à travers l’idée qu’elle se fait de la souffrance et de l’abaissement des faibles et des démunis. Rifioul menace l’aristocratie du sort de ses prédécesseurs de 1789. C'est sympa, on avait juste coupé quelques cafetières à part ça il veut du bien à ses comparses... Poursuivons.

«L'extrême gauche, qui mêle guévarisme et islam révolutionnaire, veut le chaos du monde libre. La suivre, comme le font ces socialistes hypnotisés, est la renforcer. Les destructions d'emplois, dramatiques pour ceux qui les vivent, ne remettent pas en cause un capitalisme plébiscité par un peuple petit-bourgeois: propriétaires de leur logement à 58%, les Français investissent dans l'assurance-vie, les actions, les obligations. Fin 2007, chaque ménage possédait en moyenne un patrimoine de 380000 euros. Pourquoi casseraient-ils le système qui les a enrichis?»

Justement parce que la globalisation d’un système qui a jusqu’ici permis aux petit-bourgeois d’asservir le monde et de vivre au-dessus de leurs moyens, au détriment des équilibres qui fondent durablement la planète, population, production, environnement, est en passe de se retourner contre eux. Les français savent désormais, qui passe à la caisse aussi bien pour l’ouragan Katrina que pour les subprimes, de quelle fausse monnaie se paye le capitalisme triomphant sous leurs yeux de Madoff en Stanford, et de celui-ci en Kierviel. Il n’y a que les Rifioul pour ne pas le voir.

«Présenter la France comme injuste, au prétexte que 14000 contribuables bénéficient du bouclier fiscal qui préserve 50% des revenus, démontre plutôt le contraire. Le déséquilibre est davantage dans le fait qu'un Français sur deux ne paye pas d'impôt direct. À ceux qui, de François Bayrou à Dominique de Villepin, reprennent le refrain sur "les cadeaux aux plus favorisés", Nicolas Sarkozy a coupé court, mardi: "Je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts." Bien. Mais le président va-t-il tenir, après avoir reculé sur les lycées et la recherche?»

Au moins les forces de la réaction de droite ne se couvrent pas d’artifices et facilitent la critique. Les réactionnaires de gauche sont plus difficiles à traiter. Selon Rifioul, il est juste et certainement très chrétien, de faire payer les plus pauvres. Le fait qu’il stigmatise de conserve l’extrême gauche et l’islam atteste du fondement idéologique de sa déjection. En ce temps pascal, sa passion réclame davantage de pauvres à la caisse pour soulager les subsides des possédants. Le Président dont il s’inquiète de la fermeté n’est pas celui des français, mais des français-riches et ça fait une différence.

«Car c'est un État faible qui a répondu aux premiers assauts. L'exécutif n'a guère hésité avant de prendre ses distances avec le patronat et le Medef. La gestion des insurrections antillaises a été un précédent dans lequel le Droit a laissé des plumes. Aujourd'hui, le président et son premier ministre assurent qu'ils ont tout donné, dès l'issue de la manifestation du 29 janvier. Les syndicats lanceront-ils les surenchères, au risque de se faire déborder? La France est à la croisée des chemins.»

La haine de l’autre et du pauvre n’interdit cependant pas l’intelligence au point de se jouer de mots et d’inverser les rôles. C’est le Droit en son principe initial d'égalité qui est bafoué par une économie rentière asymétrique et ségrégationniste issue de l’esclavage et de la colonisation. C’est le Droit constamment bafoué qui explique les monopoles békés et le partage racial du pouvoir dans l’Outre-mer français. Que l’Etat rétablisse un brin de droit par des mesures exceptionnelles en faveur du peuple est normal, c’est son devoir.

«Vieux monde
En exigeant 200 euros par mois pour les plus bas salaires, la CGT (qui fait aussi le coup de poing à Marseille) veut pratiquer, à la suite du LKP guadeloupéen, l'exercice démagogique et violent qui, là-bas, s'est révélé payant. Cependant, ce mimétisme pourrait bien lui revenir dans le nez, sous la pression des gauchistes. Comme l'explique François Chérèque (CFDT), qui a qualifié Besancenot et ses amis de "rapaces": "Chacun doit garder en tête que les dérapages ne profitent jamais aux salariés." Jeudi, c'est surtout le vieux monde des emplois protégés qui a défilé, dans un rituel tenant du théâtre classique. Or, les mutations qu'appellent les bouleversements systémiques ne peuvent consister à revenir en arrière. La nation dépense, chaque année, 120 milliards d'euros pour le traitement de ses fonctionnaires. Selon une étude de Jean-Paul Gourevitch, que publie Contribuables Associés, si les 2,3 millions de Français les plus entreprenants et les plus riches qui se sont expatriés décidaient de revenir, 233 milliards d'euros tomberaient dans les caisses. Plutôt que de vouloir faire payer les plus aisés qui n'ont pas encore émigré, il serait plus utile de réduire les dépenses publiques en accélérant le non-renouvellement des fonctionnaires. L'Allemagne compte deux fois moins d'agents publics que la France. Est-elle moins bien administrée?
»

«Or, les mutations qu'appellent les bouleversements systémiques ne peuvent consister à revenir en arrière.» A tes souhaits. C’est cela, et l’eau ça mouille, et le feu ça brûle Hercule… Accoler des mots ne signifie pas qu’on y comprenne grand’ chose. Citer Jean-Paul Gourevitch, de Contribuables Associés au soutien de son propos démontre la vacuité intellectuelle de Rifioul. Quant à rapprocher les expériences française et allemande par la lorgnette de l’emploi des fonctionnaires, la corde ne permet pas de tirer des conclusions sur les administrations respectives des deux peuples. Par tradition les capitalistes allemands se montrent plus soucieux d’investir à moyen et long terme dans l’intérêt collectif que leurs homologues français égoïstes par culture et portés par la rente. Le périmètre d’intervention de l’Etat n’est donc pas le même. Que cherche à critiquer Rifioul la recherche et les investissements soviétiques qui ont conduit au Concorde, au TGV? En a-t-il après l’un des meilleurs réseaux ferrés au monde en cours de démantèlement par les forces égoïstes du capitalisme qu’il vénère? Il rêve peut-être de substituer le système d’assurance maladie par une couverture de type américain au moment où ceux-ci tentent d’imiter le modèle européen? Rifioul est un idéologue et comme tout idéologue, il est bête en ce que les poncifs de son appareil intellectuel précèdent sa pensée.

«Discriminations ethniques»
Cela dit, il est aussi irresponsable de pousser à la révolte les salariés touchés par la récession mondiale, comme le fait la gauche, que de parler de «discriminations ethniques» dont seraient victimes des jeunes des cités touchés par l'exclusion et le chômage, comme le fait la droite. Les salonnards voudraient-ils voir se joindre une rébellion sociale et une insurrection identitaire des banlieues, qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. Samedi dernier, une dizaine de policiers ont été blessés par des tirs d'armes à feu dans une cité des Mureaux (Yvelines). Un esprit de guerre civile s'observe dans certains ghettos, victimisés de surcroît par un discours officiel désormais tenu par Yazid Sabeg, nommé pour promouvoir la diversité et l'égalité des chances. Une nouvelle pensée unique, patronnée par le chef de l'État en dépit de ses critiques initiales contre les repentances, fait croire que la crise des cités serait due à des discriminations, c'est-à-dire à des mises à l'écart notamment pour des raisons de religion, de race ou d'origine. C'est ce que répète Sabeg, quand il laisse entendre que la France serait en voie d'apartheid. Or, c'est une accusation de racisme qu'il suggère là, sans mesurer les efforts faits pour les "minorités visibles", parfois au détriment des "petits Blancs". Ce procès injuste, qui fait le bonheur des barbus, est un prétexte supplémentaire pour contester l'autorité de la République

Alors là nous sommes verts! Votre Feuille de Manioc avait cru connaître les abysses de l’idiotie, Rifioul vient, dans un raccourci remarquable d’ouvrir l’ânerie sur des fonds insondables. Dire pour en douter que les jeunes des cités «seraient» victimes de discriminations ethniques ne suffit pas, même au conditionnel «seraient», comme plus haut, à évacuer le problème et avec lui les discriminations. Le racisme structurel est un fait en France et il ne sert à rien de le dénier de la sorte. Qu’est-ce donc à écrire: «un esprit de guerre civile s'observe dans certains ghettos, victimisés de surcroît…», si ce n’est admettre en creux ce dont on prétend faire critique à savoir, les «ghettos» discriminatoires et leurs «victimes»? Loin d’être l’apanage de Le Pen en France qui n'a jamais exercé le pouvoir et ne peut de ce fait être tenu pour responsable de la situation, le racisme est l’œuvre d’une pensée conservatrice rétrograde à la Rifioul. C’est d’autant plus intéressant qu’il fait le lien entre esclavage, colonisation d’une part et discriminations d’autre part en soulevant les critiques initiales de Sarkozy contre les repentances.

«Mercredi, Nicolas Sarkozy a annoncé seize mesures policières et judiciaires pour combattre les bandes violentes. Mais c'est d'abord ce discours de l'excuse qui doit prendre fin. Il revient bien sûr à l'État de rééquilibrer les inégalités de traitement, dues souvent à la méfiance de ceux qui sont confrontés à des comportements collectifs d'incivilité. Mais ces jeunes sans travail font-ils toujours les efforts pour en chercher ou pour convaincre l'employeur? S'ils ont des droits, ils ont aussi des devoirs. À commencer par celui d'admettre les lois et les codes d'une République laïque et égalitaire, bâtie sur l'effort et le mérite. Qui leur dit?»

Qui leur dit? La violence sociale andouille… La violence sociale le leur dit chaque jour qui se lève sur leurs corps avilis. «Mais c'est d'abord ce discours de l'excuse qui doit prendre fin.». A quel titre? De quel lieu Rifioul s’autorise à exprimer en termes catégoriques ce qui doit être et ne pas être. Devant tant d’aigreur, on a peine à répéter que la souveraineté en République se tire du peuple et de ses suffrages au titre de quoi elle ne pourrait consister à œuvrer contre le peuple. A moins que dans l’esprit de Rifioul, c’est possible, les «minorités visibles», que son propos oppose aux «petits Blancs» dont le souci surprend sous cette plume, ne fassent pas partie du peuple. Le cocasse est atteint lorsque la préférence nationale disons-le, sous-jacente à la saille du Rifioul, n’a pas attendu une autre déjection pour se contredire. Quelques ligne plus haut, dans le même texte, les guadeloupéens qui réclament une attribution des postes plus conforme à la sociologie de l'île sont taxés de xénophobes, et aussitôt après, la préférence nationale passe pour une œuvre humanitaire. Rifioul est égal à lui-même: pathétique, plus encore dans sa précipitation à passer à autre chose pour finir non sans trahir ses amalgames à travers de curieuses symétries ou d’étranges parallèles: immigration, déculturation, abstinence… On n’attendait pas moins de la réaction qu’elle soit papiste.

«Engrenage périlleux

Quand le ministre de la Fonction publique, Eric Woerth, et son secrétaire d'Etat, André Santini, annoncent avoir supprimé la culture générale classique des épreuves de 180 concours pour le recrutement des fonctionnaires, n'est-ce pas une manière de brader l'âme de la nation, au prétexte de lutter contre les discriminations? Pourquoi les immigrés d'aujourd'hui ou leurs descendants seraient-ils plus incapables que ceux d'hier? Au nom des bons sentiments, le gouvernement met en branle l'engrenage périlleux de la déculturation.

Défense du Pape

L'hystérie médiatico-politique contre Benoît XVI: elle veut faire croire, cette fois, que le Pape interdit l'usage du préservatif, alors qu'il met en garde contre une sexualité à risque en prônant la fidélité ou l'abstinence (voir mon blog). Toujours ce même syndrome de la meute.»

Faites-en ce que vous voulez, à la Feuille de Manioc on pense que Rifioul s'inspirerait bien en se torchant avec ses papiers ou en s'abstenant de déjecter...

Source, du billet analysé, le blog d'Ivan Rifioul.

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