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07/03/2009

Fais mes devoirs au bal des hypocrites

Fais mes devoirs, ça poque

La Pravda parisienne a encore sévit. Le site «faismesdevoirs.com» a dû fermer face à la polémique, cédant à l’assaut des vertueux de Saint Germain des Prés. Les âmes bien pensantes drapées de moraline et tripotant la vaseline nous l’ont joué offusquées à coups de gorges chaudes. L’horreur: «Ils ont osé!» sur BFM (voir la vidéo). Nous rappelons juste à Ruth Elkrief et à son chroniqueur, que l’«oseur» en question, Stéphane Boukris, auteur d’une profanation à leurs yeux inexpiable, est juste lauréat de la BFM Académie 2008 la Pravda dans laquelle ils sévissent. Et c’était hier… A défaut d’être crédible, faut savoir accorder les bruits de ses orifices sinon ça finit en cacophonie en plus de refouler. A moins qu'il ne s'agisse d'une autre imposture du tristement célèbre en 24 heures chrono Boukris. Car après vérificaton du site @si.com, les identités de l'équipe pédagogique se sont avérées fausses. Extraits du dialogue sur le plateau de BFM:

«...
- Ils ont osé
- Tu n'y arrives pas, nous sommes là! Le concept est étonnant. Je n'ai pas envie de le faire, eh bien je vais payer quelqu'un pour faire ça,
- Mais c'est pas vraiment pas correct, mais attendez! Qu'est-ce que ça?
- c'est odieux. c'est un peu litigieux quand même... »

Stéphane Boukris, «nous créons de la valeur ajoutée»

Bande de rigolos va! Ce pantin sur lequel les média ont fondu sans retenue, résume à lui seul notre société basée sur l'imposture. Voila une société d’adultes dont le principe fondateur, la raison d’être à travers les modes d’existence et de croissance, le droit du point de vue de l’effectivité juridique, l’esthétique…, voila une société d’adultes faites de tricheurs, de voleurs et de menteurs qui s’offusque de voir ses enfants s’inspirer du malin. Ses stars, ses valeurs? Les Madoff et son jumeau Stanford qui cachent une armée de voleurs et de faussaires, eux bien planqués et qu’on attrapera jamais mais dont on paiera les dettes, les subprimes, le Tour de france, les élections au Parti socialiste, les votes électroniques à l'UMP, des fantômes qui votent à Paris, les fausses déclarations fiscales, les fraudes en entreprise, le défraiement de dépenses personnelles, les plagiaires, les prêtres pédophiles, les vierges du paradis djihadique, l’agression antisémite de Marie du RER B,  Le commerce équitable, Reporter sans Frontières, les droits de l’homme, les orphelins du Tchad, la communauté internationale… Fadaises… Tout cela est très moderne à une époque où le faux, est en guerre avec lui-même à travers les espèces d’une célébration élitaire du mensonge, de l’imposture, de la manipulation, de l’esprit de lucre et du bling bling qui cotoie le Bo-bo. Le Faux règne en maître, Umberto Eco s’y était penché il y a quelques années.

«Pour obéir en connaissance de cause, il faut d'abord avoir désobéi.»

Pour ceux qui souhaitent prendre de la distance, retour sur un texte de Vincent Cespedes, «Le Règne de l'imposture: «Juges et partis, les réseaux d'imposteurs recyclent le nihilisme pour nous vendre le pire». Histoire de curer un peu les durites polluées par la Pravda.

« 1/ Clamer son authenticité pour la vendre.

«On ne cautionne pas l'imposture!» déclaraient en 1995 les rappeurs du groupe NTM pour commenter leur refus de participer à l'album inspiré du film La Haine. D'après Kool Shen et Joey Starr, cette œuvre fictionnelle donnerait non seulement une image trompeuse des cités pour «faire peur aux bourges», mais surtout, le réalisateur Mathieu Kassovitz et l'acteur Vincent Cassel manqueraient d'«authenticité» -concept-clef qualifiant l'expérience vécue des quartiers défavorisés et le jugement sans concession qu'elle autorise. Collusion avec la classe dominante quant aux messages, usurpation de rôles quant aux messagers, l'imposture est insupportable dans les sens affectif, moral et fondationnel du terme. Elle est une entorse intéressée faite à la vérité, comme l'imposteur est un mystificateur opportuniste s'adressant à ceux qui tireront quelque justification de ses mensonges.


cepedes.jpgComment dès lors les NTM se prémunirent-ils contre la perte de leur «authenticité»? -Par le pouvoir prophylactique de l'invective. Avec pour nom «l'insulte suprême» (Nique ta mère !), les rappeurs autoproclamaient leur intransigeance, et il fallut que le groupe se séparât pour voir le sulfureux Joey Starr, sans bulle protectrice, se fourvoyer dans des séries B et des émissions médiocres. Plus globalement, c'est toute l'authenticité des cultures contestataires qui fut récupérée en moins de dix ans par la société de consommation. Le pouvoir corrupteur de l'argent fit de la protestation une marchandise, et de la prose incendiaire, un hymne vantant le capitalisme, le défaitisme et la résignation.

2/ Théoriser le manque de talent pour l'appeler «génie».

Notre XXIe siècle, débarrassé d'autorités morales, de canons esthétiques et de principes transcendants unanimes, demeure pourtant fort éloigné de l'authentique liberté. Le voici au contraire livré à l'imposture généralisée, véritable symptôme sociopolitique. Même si, au niveau microscopique, elle semble le fait d'arrivistes isolés qui usent de subterfuges pour leur bénéfice personnel, l'imposture manifeste, au niveau macroscopique, le fonctionnement même du politique que l'éthique ne vient plus réguler. Mauvaise herbe, elle croît sur le cadavre de la déontologie qui lui sert d'engrais et de cache-misère. Et puisque le dévoyé doit en dévoyer d'autres pour se maintenir dans l'imposture, celle-ci prolifère exponentiellement.

Le domaine des Arts a commencé à être gangrené par l'imposture après la première guerre mondiale ; celui des Lettres, après la seconde. Dans les deux cas, il y a rétrécissement de la sphère spirituelle devant le spectacle d'exactions inhumaines indicibles. Dans les deux cas, le nihilisme s'aggrave et un foisonnement de démarches esthétiques émergent de ce chaos. Mais pour les grands collectionneurs, l'art représente d'abord un placement juteux. Ainsi le magnat londonien de la pub Charles Saatchi, ne sachant plus que faire de ses revenus astronomiques, décide-t-il d'investir dans une galerie, le Tate Modern. Peu lui en importe le contenu pourvu que les œuvres fassent couler l'encre et l'or. Les imposteurs tels les Young British Artists trouvent aussitôt un nouveau mécène. Par exemple, l'installation Zygotic Acceleration, Biogenetic, De-Sublimated Libidinal Model (1995), de Jake et Dinos Chapman, exhibe des mannequins de fillettes aux bouches-anus et aux nez-pénis. Mais quel titre !... Tracey Emin, elle, se prostitue pour l'art et nous montre les photos de son lit souillé. Quant à Marc Quinn, il s'est fait faire un moulage réfrigéré de sa tête avec son propre sang. L'exemplaire que Saatchi s'était offert au prix fort a malencontreusement fondu dans son congélateur à la suite d'une panne ! L'arroseur arrosé…

3/ Tabler sur les critiques pour masquer son vide.

Pourtant, la fuite en avant dans l'avant-garde intello, la quête éperdue de l'inédit, la sacralisation de la signature ni l'emballement du marché de l'art ne suffisent pour parler d'imposture. Elle nécessite avant tout une connivence avec la critique. Toute imposture est plurielle, - fruit d'un cycle de renvois d'ascenseurs, d'articles tendancieux et de jugements partiaux rendus par les pairs. Toute imposture s'inscrit dans un réseau oligarchique, le conforte et le verrouille. Circularité tentaculaire de l'imposture : le romanceur-critiqueur-éditeur Frédéric Beigbeder, par exemple, confondant le roman avec un ramassis de slogans, d'inepties narcissiques et de pipi-caca-cucul, le tout mâtiné de franglais pour faire jeune et d'autocritiques pour les critiques. Bien que frôlant le degré zéro de l'émotion, de l'inspiration et de la verve littéraires, l'imposteur parvient à vendre grâce à son réseau parisien. Articles dithyrambiques, marathon audiovisuel, prix InterAllié 2003 ! Le parfait manuel du pubard est suivi au pied de la lettre : matraquage, matraquage, matraquage. Et l'opportuniste de tenter de récupérer pour son image le prestige naissant des mouvements antipub (procès des 62 activistes antipub du 10/03/2004) - suivi en cela par d'autres pubards patentés, M. Séguéla (Fils de pub) ou Toscani (Benetton). Le cynisme des imposteurs ne connaît pas de bornes.

L'anecdote Beigbeder prêterait à rire si elle ne témoignait pas d'une nouvelle forme d'organisation du pouvoir, non plus hiérarchique mais horizontale, non plus centralisée mais rhizomique : le réseau. Nous appelons «néorésistance» (cf. Je t'aime, Flammarion, 2003, Plis 51, 167, 193 et 306) toute forme d'opposition au Système de l'imposture, - cette machine de dévaluation du spirituel (arts, amitié, gratuité, justice) au profit de la conquête matérielle (surproduction, surconsommation, utilitarisme, barbarie). À l'instar du Système, la néorésistance emprunte spontanément une structure en réseau, notamment grâce aux télécommunications modernes et par souci d'échapper aux contrôles. Mais son retard demeure colossal car elle ne bénéficie pas encore de connexions avec les instances politiques, médiatiques et financières du pouvoir établi. Les lobbies de consommateurs peinent à se constituer ; les appels au boycott restent lettres mortes.

Comment expliquer que la lutte contre les imposteurs coalisés pêche par un tel manque de réactivité et d'ardeur ? La néorésistance veut fonder la démocratie sur des valeurs authentiques : rendre l'impartialité à la justice, l'objectivité aux journalistes, la raison éclairée aux citoyens, l'intégrité aux politiques. La dictature marchande veut au contraire l'entropie maximale dans une démocratie-marché ouverte à la course au profit : creuser toujours plus les écarts sociaux (École et Justice à deux vitesses), pervertir les citoyens en consommateurs abrutis de TV et de faux besoins, truquer les débats pour imposer sa Com. Présentée comme absolument inévitable, les dictatures et leurs cortèges d'impostures ont toujours eu recours à la propagande pour renforcer leur soi-disant légitimité.

4/ Simplifier l'analyse pour étendre le dogme.

L'imposteur, lui, apporte à la pensée dominante sa contribution fallacieuse pourvu qu'elle le récompense en retour. Sous le régime soviétique, par exemple, les impostures du biologiste Lyssenko et du linguiste Marr furent élevées en vérités d'État parce qu'elles confortaient la propagande marxiste-léniniste. Le dogme est par essence pseudoscientifique, et nulle dictature ne saurait faire l'économie d'une Sainte Inquisition, d'un Jdanov ou d'un Goebbels pour neutraliser la pensée critique et s'ériger en vérité indépassable.

Samuel Huntington peut être considéré comme l'exemple le plus flagrant d'une imposture contemporaine à visée doctrinale, - quand les français Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut font, à côté du professeur de Harvard, figure de débutants. Le fameux Choc des civilisations lutte contre l'idée d'une paix internationale fondée sur le droit. Il suscita de vives polémiques dès sa sortie et l'on s'accorda à juger dangereuse sa démarche intellectuelle, qui classe d'abord huit " civilisations ", différentes par nature, vouées à s'entrechoquer, et qui culmine dans le scénario catastrophe d'une guerre civilisationnelle mondiale. Le racisme et le messianisme de cette imposture auraient dû l'enterrer aussitôt. Mais voici que l'urgence à commenter les attentats du 11 septembre 2001 contre le Centre du Commerce Mondial poussa de nombreux journalistes à l'exhumer et à voir en Huntington un analyste pointilleux ou un prophète.

Grâce à l'incompétence des uns et la duperie des autres, relayée par des intellectuels sans probité aucune, la doctrine paranoïaque de l'après-guerre froide a pu ainsi triompher : le sentiment d'une agression civilisationnelle prime désormais sur toute considération de droit. Tous les thuriféraires français de la guerre contre l'Irak (les pro-sarkozystes Pascal Bruckner et André Glucksman ; Romain Goupil, Bernard Kouchner, etc.) souscrivaient en chœur à cette maxime. Elle justifie la «guerre préventive», la colonisation par mensonge d'État et la confiscation de la souveraineté des pays plus faibles au nom du «Bien», de la «démocratie» ou de la «liberté», - bref au nom des intérêts Occidentaux. Dans un article publié par le revue Foreign Policy, Huntington découvre aujourd'hui une nouvelle menace pour les États-Unis : l'invasion «d'immigrants mexicains, lesquels constitueraient d'après lui un péril grave pour l'identité «anglo-protestante» de l'Amérique blanche. En France, les questions récurrentes de l'intégration des Beurs et de la «solubilité» de l'islam dans la République procèdent d'un fond xénophobe similaire. Pour juger d'ailleurs de la violence des arabophobes, quelques extraits sont utiles à rappeler. Pierre-André Taguieff : «Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d'intégristes potentiels.» (France Inter, 1997). Oriana Fallaci : «Au lieu de contribuer au progrès de l'humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour […] Ils se multiplient comme des rats. [...] Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût.» (La Rage et l'orgueil, Plon, 2003). Alain Finkielkraut : «Oriana Fallaci a l'insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s'efforce de regarder la réalité en face.» (Le Point, 24/05/2002). André Glucksman: «Le voile est une opération terroriste. […] Dans nos écoles, question d'honneur, on n'enseigne pas à des élèves en uniforme. Sauf au temps du nazisme.» (L'Express, 17/11/1994). Jacques Julliard : «Inversez les deux voyelles, et dans voile, vous trouverez viol. En dissimulant ostensiblement le sexe au regard, fût-ce sous la forme symbolique de la chevelure, vous le condamnez à subir l'effraction.» (Le Nouvel Observateur, 16/09/2003).

5/ Accabler les victimes pour innocenter les coupables.

Les doctrinaires de Washington et les collaborateurs étrangers cautionnent la loi du plus fort. Les partisans des holocaustes amérindiens, noir et juif ne procédaient pas différemment. Génie méconnu, Anténor Firmin (1851-1911) décrypte avec rigueur l'origine de l'anthropologie raciste du XIXe siècle (Cuvier, Gobineau, Renan, Lévy-Bruhl…), à savoir: la philosophie abusivement dite des «Lumières». Le XVIIIe siècle passe en effet du rationalisme idéal de Descartes -parfaitement relativisé et authentiquement universaliste- à l'idéalisation d'un rationalisme monopolisé par l'homme occidental, comme stade supérieur d'un progrès transcendantal chez Kant ou comme absolu raciste chez Hegel. Triomphe de l'imposture doctrinale, l'obscurantisme que les Lumières secrètent, de Hume à Hegel en passant par Voltaire, justifie la subordination de l'homme noir, jugé «primitif», localisé dans l' «enfance de l'humanité» voire même en dehors de l'Histoire.

Racisme, intolérance, imposture font bon ménage, car la loi du plus fort reste la loi de l'homme blanc. L'Afrique subsaharienne, saignée aux quatre veines par la Françafrique des Jacques Foccart et consorts, est un continent de non-droit ravagé par les impostures de toutes sortes : racistes, politiques, juridiques, financières, commerciales. Les réseaux d'imposteurs occidentaux profitent ici de siècles d'expertise pour justifier le pire ; l'hypocrisie et la rapacité y tuent par millions. Le Code Noir promulgué en mars 1685 réglemente l'acquisition, l'exploitation et la torture des esclaves, - privilèges réservés uniquement aux chrétiens. Il s'agit bien de la première grande perversion moderne raciste du droit par la loi. Les «conditions de l'aide», le règlement de la «dette», les «ajustements structurels» du FMI et de la Banque Mondiale poursuivent un travail de sape et cautionnent la légitimité des pillages.

Enfin une critiquature malhonnête se charge régulièrement d'inculper les Africains et de blanchir les spoliations occidentales. Elle célèbre par exemple la divagation révisionniste de Stephen Smith qui, dans Négrophobie - Pourquoi l'Afrique meurt, explique avec des formulations confuses destinées à tromper le public non averti que les Africains veulent tout bonnement se suicider ! Le journaliste Smith assure : «Les Africains se sont enfermés dans un passé réinventé et idéalisé, une «conscience noire» hermétiquement scellée. «Ils sont donc habités par un persistant» refus d'entrer dans la modernité autrement qu'en passager clandestin ou en consommateur vivant aux crochets du reste du monde. «La couverture de l'ouvrage en dit déjà long sur sa probité intellectuelle: un soldat noir, lance-roquettes à l'épaule, torse nu et tresses afro, fuyant comme s'il dansait, criant de peur comme s'il riait. Un remake de «Y a bon Banania!» revu et corrigé par les barbouzes. Remplacez le malheureux par un Tchétchène, un Juif ou un Arabe, et vous soulèverez un tollé général, ô combien justifié!

Dans La Nuit Rwandaise -L'implication française dans le dernier génocide du siècle (L'Esprit frappeur, 2002, pp. 263-266), Jean-Paul Gouteux note : «C'est parce qu'il constitue un problème délicat que cet attentat déclencheur du génocide [contre Habyarimana] est aussi un magnifique exemple de l'utilisation de la presse par le pouvoir. Délicat, il l'est dans la mesure où l'incrimination de l'"ennemi", le FPR, pose apparemment des problèmes. De fait, les services secrets français ont montré très peu d'empressement à faire la vérité sur cette affaire. Cela d'autant plus curieusement que des Français ont été impliqués. [...] Le 29 juillet 1994, Stephen Smith avait parlé d' «une cellule autonome» du FPR chargée de l'attentat. Il citait d'ailleurs un dirigeant anonyme du mouvement rebelle attestant qu'en sa présence le président du FPR, Alexis Kanyarengwe, a envisagé de «descendre» Juvénal Habyarimana. Cet article du 29 juillet marque un tournant dans les écrits de Stephen Smith qui seront désormais très proches des thèses officielles françaises. Sur la base d'un rapport «rédigé sous le contrôle de gendarmes français», il désigne le FPR comme une organisation «terroriste», responsable des attentats au Rwanda: «La rébellion tutsi recourt au terrorisme aveugle comme moyen de pression.» «La négrophobie permet tous les humours, jusqu'au titre («Négrologie»), jusqu'aux boutades infamantes: «Des Africains se massacrent en masse, voire -qu'on nous pardonne!- se «bouffent» entre eux. «Le douteux Smith est tout pardonné: son essai a reçu le prix FranceTélévisions! L'imposture (néo)coloniale d'un retard de l'Afrique voulu par les Africains ne s'attarde bien sûr jamais sur les quatre siècles d'esclavagisme, les dizaines de millions de déportés et de tués, encore moins sur les grands empires précoloniaux (Égypte pharaonique, Ghana, Mali, Songhay, etc.) L'Afrique ? Dixit Stephen Smith : «Un continent qui n'a inventé ni la roue ni la charrue, qui ignorait la traction animale et tarde toujours à pratiquer la culture irriguée, même dans les bassins fluviaux. «Heureusement, dans ces conditions, que la Françafrique soutient activement dictateurs, rebelles et «Forces Nouvelles» afin qu'Elf-TotalFina, Barry-Caillebault, ADM, Sitrarail, France Telecom, Bouygues ou Bolloré «développent» le continent des gueux!

«On ne peut être juge et parti, à moins d'être un imposteur.» -Nous pourrions universaliser ces mots du Sénégalais El Hadj Abdoulaye Guéye, critiquant la perte de l'authenticité africaine par la colonisation. Le pire est une politique, l'imposture est son expédient. Les totalitarismes religieux, militaires ou marchands sont autant de crises où règne l'imposture; faits de mensonges iniques et d'agressions proclamées «justes» sans arbitrage, ils tiennent le temps que des résistances s'organisent. Afin de les combattre, la communauté internationale doit construire un nouveau socle éthique, cosmopolitiquement opératoire et débarrassé de tout préjugé ethnocentriste. Il faudra donc construire l'Europe contre la logique impériale, n'en déplaise aux collaborateurs de la décivilisation marchande. Il faudra d'abord passer par-dessus bord, lecture après lecture, débat après débat, tous les tenants de l'imposture qui cautionnent l'insupportable au lieu de l'exécrer.

Vincent Cespedes Source.

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