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23/01/2009

Tjenbé Rèd droit de réponse

tjenbe_red.jpgLa Feuille de Manioc a reçu une réaction de l’association Tjenbé Rèd relative à un article publié ici même. Nous la reproduisons intégralement à la demande de son auteur, conformément à la loi. Droit de réponse auquel nous aurions volontiers souscrit nonobstant cette obligation par respect du débat contradictoire.

Chères Amies, Chers Amis,

Le 21 janvier, notre association publiait un communiqué de presse n°TR09INT03, intitulé «Investiture de Barack Obama : Tjenbé Rèd regrette une occasion manquée». Dans une réaction publiée le lendemain sous le titre, subtil, «Tjenbé Rèd, Obama n’a pas parlé du cul ni des partouzes !», vous tenez plusieurs propos relevant d’un registre que nous vous laissons. Vous tenez également les propos suivants, auxquels nous souhaitons en revanche réagir.

1°) Vous écrivez ainsi :

«Tjenbé Rèd, [...] un groupe adoubé par Patrick Karam, dont les membres dirigeants sont aussi les personnalités influentes du CRAN, notamment David Auerbarch Chiffrin et Louis-Georges Tin d’An Nou Allé.»

Ce propos est inexact à plusieurs titres. D’abord, Monsieur Patrick Karam, Délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, a certes manifesté son attention à nos revendications à plusieurs reprises ; pour autant, il n’a jamais hésité à exercer un regard critique sur ces revendications; son attitude à notre égard nous semble donc éloignée du registre de l’adoubement que vous employez sur le ton de l’ironie et nous semble plus proche, tout simplement, du comportement normal d’un serviteur de l’État nommé pour résoudre les difficultés rencontrées par certaines et certains de nos compatriotes.


Ensuite, contrairement à ce que vous avancez, Monsieur Louis-Georges Tin n’est pas membre de notre association. Enfin, je ne sais si je suis une «personnalité influente» du CRAN - vous ne suivez visiblement pas l’ensemble de nos communications - mais je sais que mon nom de famille, pardonnez-moi de vous le préciser, s’écrit Auerbach Chiffrin et non «Auerbarch Chiffrin» comme vous l’écrivez à tort.

2°) Vous écrivez ensuite :

«Barack Obama n’a donc évoqué ni le droit des moustiques guatémaltèques au cunulingus, ni le droit des speed couples de Saint Germain des Prés de partouzer dans la zone échangiste du nec plus ultra boulevard Dauphine à Paris.» Nous devons regretter l’aspect réducteur voire trompeur de votre propos car nous avons mis en avant la question des libertés fondamentales (égalité entre citoyennes et citoyens, droit au mariage, droit à l’adoption, droit au changement d’état civil pour les personnes trans...) et non, comme vous le laissez entendre, des questions relevant de la sociologie germanopratine ou de la biologie animale latino-américaine (vous semblez d’ailleurs mal maîtriser la pratique que vous évoquez puisqu’elle s’écrit avec trois «n» et deux «i» et non deux «n» et un «i»).

3°) Vous écrivez encore :

«Un brin de sérieux ne ferait cependant pas de mal aux luttes civiques et rien n’autorise l’ivresse du goût des autres pour le cul des mêmes à exiger que le noir de la Maison Blanche parlât de foufoune et de sguegue bien avant le climat, avant les conflits irakien, afghan, israélo palestinien, la pauvreté, la faim dans le monde qu’explique le pillage du tiers-monde, le soutien aux dictatures africaines, l’organisation de massacres sur le même continent, la crise des suces-primes, la dette...» Là encore, vous lisez ce que vous voulez bien lire. Faut-il comprendre qu’en parlant «de foufoune et de sguegue» (sic), vous entendez parler des droits des personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) ? Cela serait étrange puisqu’a priori, ces organes centraux intéressent tout autant les personnes hétérosexuelles... Quoi qu’il en soit, Tjenbé Rèd n’a nullement souhaité que le nouveau président étatsunien parlât des droits des personnes LGBT avant d’évoquer les autres urgences de son mandat; Tjenbé Rèd a simplement regretté qu’il n’en parlât pas en même temps. La guerre, la dégradation du climat, la crise économique... n’autorisent pas qu’on maintienne plus longtemps les personnes LGBT dans une citoyenneté de second rang qui était auparavant celle des personnes de couleur.

4°) Vous écrivez enfin :

«Tjenbé Rèd vient en loucedé de passer de l’exigence démocratique au chantage dans un curieux mélange entre les identités de genre du ressort d’enjeux de société et les identités de couleur supposées "races" qui sont déjà des questions inscrites dans le champ de la loi. [...] Faut pas venir faire chier ceux qui se battent contre le racisme, les inégalités homme femmes, les discriminations liées à la santé, au handicap. Il s’agit d’une tentative déloyale de mélanger les genres de luttes surtout lorsqu’elles ne sont pas de même nature, qu’elles n’emportent pas les mêmes intérêts ni les mêmes conséquences.»

Votre ire vous pousse de nouveau à déformer nos propos de manière outrancière. Ainsi, vous établissez une distinction entre «identités de genre» (qui relèveraient d’un enjeu de société) et «identités de couleur» (qui relèveraient du champ de la loi). C’est une double erreur puisque les identités de genre relèvent déjà, comme les identités de couleur, du champ de la loi (notamment de la loi contre les propos homophobes du 30 décembre 2004) alors que les identités de couleur relèvent bien évidemment, comme les identités de genre, d’un enjeu de société. Ces luttes que nous menons de front au sein de nos communautés africaines et antillaises, noires et métisses, nous ont depuis longtemps amené à constater leur profonde convergence : réduire quelqu’un à ce qu’il est, le brimer pour cela, le maintenir en situation d’infériorité sociale et légale au nom d’impératifs fumeux qui dissimulent en réalité un paradigme de domination... tout cela emporte bien, contrairement à ce que vous avancez, les mêmes intérêts et les mêmes conséquences. Tel est le sens, du moins est-ce ainsi que nous le comprenons, de la préface que Monsieur Serge Letchimy, Député de la Martinique et Maire de Fortde-France, a bien voulu apporter à notre Rapport 2007, récemment publié, en affirmant que «défendre le droit des personnes à vivre dignement leur sexualité dans le respect des préférences de chacun, sans avoir à subir sarcasmes, agressions ou exils, sans avoir à se cacher ou à se renier, n’implique pas de faire l’apologie de l’homosexualité mais simplement d’avoir le courage de s’opposer aux clichés et aux stigmates qui réduisent des individus, comme ailleurs les personnes de couleur ou de religion différentes de celles de la majorité, à quelques stéréotypes grossiers et caricaturaux».

La présente communication constitue un droit de réponse aux termes de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et nous vous prions donc de la publier au même titre que votre article précité. Sincèrement,

Pour Tjenbé Rèd ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) en France ultramarine & hexagonale Le président, David Auerbach Chiffrin tjenbered@hotmail.fr +33 (0)6 10 55 63 60

Les éclaircissements de la Feuille de Manioc

Nos erreurs et notre ton: nous remercions, Tjenbé Rèd de nous «accorder le registre» paillard et grossier auquel le Manioc s’essaye en bricolant sur les farces du monde réel. Ce faisant, nous tentons de trouver la forme de langage convenable aux objets que nous évoquons avec le ton ironique que nous avons choisi. Merci aussi de taper sur nos coquilles. Dans ce monde dur, l’Ortho – Graphe est une police de caractère faite pour tenir droit nos conduites épistolaires, ce dont aucune hâte n’excuse l’écart. Nous aurions donc dû prendre soin de bien écrire et en particulier, votre nom.

S’agissant de la relation au CRAN. Contrairement à ce que vous pensez, nous avons bien suivi ses querelles au sommet qui nous plient en quatre. Vous admettrez qu’en l’état, c’est au moins le bordel au sommet, que vous êtes à tout le moins observateur autour de la table, et que nul ne peut préjuger du réseau qui vaincra avant l’effondrement final. Il demeure que nous n’avons effectué aucun autre rapprochement que ce que vous revendiquiez vous-même :

«Je pense que Tjenbé Rèd a déjà commencé à peser. En neuf mois d'existence, nous avons mis la question de l'homophobie aux Antilles au centre du débat social et politique, non seulement en Martinique et en Guadeloupe, mais encore au sein du microcosme LGBT en France hexagonale. Évidemment, nous avons bénéficié du travail accompli en ce sens depuis quatre ans par l'association An Nou Allé, dont je reste secrétaire général, et qui a beaucoup fait.» Source

Or à l’examen des statuts d’An Nou Allé on peut constater ceci qui nous a permis de rapprocher An Nou Allé du CRAN:

«Le siègle social est fixé chez Monsieur Louis-Georges Tin, Xxxxxxxxx, Rivière-Salée, Martinique. […] Fait à Paris, le dimanche 5 novembre 2006

Louis-Georges Tin Par le président, membre fondateur
Le vice-président Martinique, membre fondateur Alain Oncins
Le secrétaire général, membre fondateur, David Auerbach Chiffrin
Denis Nadir, Membre fondateur
»
Source

3° Adoubé par Monsieur KARAM: vous contestez le terme, mais nous avons la liberté de son usage dès lors qu'il ne s'est pas seulement agi, pour le Délégué Interministériel, de confier une mission d'expertise sur cette problématique (exploration, état des lieux etc.) à une association, mais à une personne selon ses propres termes. Vous devez donc admettre qu'à cette occasion vous avez été reconnu et retenu pour cette expertise, consécration qui peut évoquer la reconnaissance par la remise des armes telle que pratiquée entre chevaliers au moyen-âge. Cette querelle lexicale est donc sans intérêt.

«Je ne confie pas cette mission à une association mais à M. Auerbach-Schifrin. Il est chargé de faire un état des lieux dans toute la France métropolitaine. Dans nos sociétés créoles, traditionnelles et très catholiques, il existe une homophobie du même type que celle que l'on pouvait voir dans la société française avant mai 1968. C'est pourquoi je pense qu'il faudra faire de la pédagogie préventive. Il faut amener les gens à réfléchir, leur faire prendre conscience qu'ils ont affaire à des humains et qu'aucune plaisanterie n'est anodine.» Source

4° Sur le fond: nous ne souhaitons pas polémiquer sur une question qui ne relève pas du champ que nous abordons. Nous sommes par principe sensibles à toutes les libertés et espérons pouvoir les défendre toutes sans devoir les embrasser toutes. Tjenbé Rèd nous accordera cependant la liberté de reléguer la sexualité, dont la nôtre, à l’arrière plan de l’agenda politique, de même qu’elle est dans son rôle en regrettant qu’OBAMA ne l’ait pas évoquée en même temps. Nous contredisons fermement cette objection faite à OBAMA et c’est affaire de point de vue. Nous ne nourrissons par ailleurs aucune ire au sujet des identités de genre et là, pour le coup, notre contradicteur nous a hâtivement lus. Nous essayons plutôt de rire de toutes les souffrances du monde comme exutoire salvateur face aux violences faites aux hommes par les voleurs et les menteurs. A l'nverse, nous traquons les falsifications et malheuresement un processus national vous instrumentalise...

En effet, pour ce qui est du traitement des discriminations par la loi, il va de soi qu’il doit être égal comme c’est le cas, celle-ci ne pouvant reproduire une différenciation interne qu’elle sanctionnerait par ailleurs. Vous le soulignez mais nous ne l’ignorions pas. Cependant, nous dénonçons très clairement l’amalgame des causes en cours dans le champ des humanités, consistant à établir, sur le plan originaire, une équivalence conceptuelle d’abord, philosophique ça vient, entre toutes les discriminations. Or elles ne naissent pas des mêmes marécages. Il y en a une qui se singularise d’entre toutes par les 500 ans de déshumanisation, d’esclavage, de colonisation et de ségrégation qui l’ont fabriquée. Par son ampleur, sa nature, ses transformations et sa durée, cette discrimination-là est la mère de toutes. Le statut non pas juridique mais philosophique des discriminations s'analyse à travers leurs sources, historiques, culturelles etc. Ces sources inspirent les manières de les combattre. Et si l'on patauge dans la gadoue tout en larmoyant devant OBAMA c'est parce que nous n'avons rien compris au film. Nous pensons qu’à ce titre, la discrimination issue de l'esclavage doit être envisagée à part et prise en charge comme telle et qu’elle ne peut être discutée «en même temps» que les autres, sauf à tenter d'en diluer les ressorts et les effets de manière abjecte dans un magma indistinct. Ce serait par exemple le cas de la question de l’homoparentalité. Nous croyons devoir nous permettre ce discernement.

A très bientôt. LF2M

 

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