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29/11/2008

Le Monde, Aveu de racisme inconscient

L'homme noir a conquis le pouvoir, il est calme, réfléchi - voici Barack Obama, le 44e président des Etats-Unis. L'homme blanc habite une modeste maison dans l'Ohio, il n'a pas payé tous ses impôts, il est en colère -, voilà Samuel Joseph Wurzelbacher, dit "Joe le Plombier", l'autre héros américain de l'automne 2008. Par ce renversement des codes, la campagne électorale qui vient de s'achever a fait voler en éclats ce qui restait des stéréotypes raciaux aux Etats-Unis.

Certes caricaturale, cette inversion témoigne de l'incroyable évolution de la représentation des Noirs dans l'imaginaire américain. Pour certains commentateurs de la vie publique américaine, ce changement majeur a été préparé, ou du moins accompagné, par Hollywood. Notamment grâce à l'apparition, ces dernières années, de personnages de président noir dans des séries télévisées (Dennis Haysbert, President David Palmer, dans "24 heures Chrono"), ou au cinéma (Morgan Freeman, President Tom Beck dans "Deep Impact"). Par Eric Collier, Le Monde 09.11.2008


En janvier 2008, après la victoire de Barack Obama dans les primaires de l'Iowa, Dennis Haysbert affirmait lui-même que ses performances à l'écran avaient aidé ses concitoyens à "ouvrir leurs esprits à l'idée que, si la bonne personne se présentait, un homme noir pouvait devenir président des Etats-Unis".

En réalité, l'industrie du divertissement a sans doute accompagné le changement d'état d'esprit de la population plus qu'elle ne l'a précédé. Mais en offrant de grands rôles populaires à des acteurs comme Will Smith ou Denzel Washington, Hollywood a sans doute aidé le public américain à se familiariser avec des personnages noirs positifs et intelligents. "C'est le rôle de la culture populaire que de rendre acceptables des idées à la marge", a assuré John W. Matviko, l'auteur de The American President in Popular Culture.

Jusque-là, la culture populaire américaine n'avait pas vraiment donné le beau rôle aux minorités. La littérature de la période coloniale, celle de Fenimore Cooper, a largement ignoré la question raciale pour mieux magnifier le tout nouveau mythe de la démocratie. A partir des années 1820, sont apparus les minstrels shows, des spectacles représentant les Noirs comme des gens stupides et joyeux. Avant la guerre de Sécession, Harriet Beecher Stowe a été l'un des rares auteurs blancs à dénoncer l'esclavagisme, dans La Case de l'Oncle Tom (1852). Plus tard, Mark Twain a été l'un des premiers à proposer un personnage noir positif, avec Jim, le copain d'aventures d'Huckleberry Finn (1884).

Le cinéma aussi a longtemps présenté des personnages noirs très stéréotypés, du genre inquiétants (Naissance d'une nation, 1915), bons danseurs (Le Chanteur de jazz, 1927), dociles (Autant en emporte le vent, 1939). Grand tabou américain, le mélange des races n'a été abordé qu'en 1967 avec l'entrée de Sidney Poitier dans une famille blanche (Devine qui vient dîner ?).

Dans les années 1970, la vague de la blaxploitation brise les conventions et offre des rôles actifs aux acteurs noirs. Viendra ensuite le "Cosby Show", premier programme mettant en valeur une famille noire de la classe moyenne supérieure. Puis sont arrivés Eddie Murphy, Will Smith, Denzel Washington et d'autres. Reste une marche à franchir : à ce jour, aucune comédie romantique à succès n'a mis en scène un couple de stars noires. Avec la success story de Barack et Michelle Obama, la réalité devance donc la fiction.

Eric Collier, Le Monde
Article paru dans l'édition du 09.11.08

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